Cet article traite du vol de ruches par des personnes. Si vous cherchez le pillage entre colonies, quand des abeilles viennent voler le miel d’une autre ruche, lisez notre article sur le pillage dans les ruches.
Le vol dans les ruchers est une menace réelle pour les apiculteurs. Ils doivent déjà faire face à la dureté de leur métier et à des ennemis bien connus (varroa, nosémose, frelon asiatique, sécheresses, dépopulation, usage abusif des pesticides…), et voilà que le vol dans les ruchers prend de plus en plus d’ampleur. Que se passe-t-il vraiment ?
Les ruchers doivent être installés à l’écart des habitations. Les abeilles sont très défensives quand quelqu’un, personne ou animal, s’approche des ruches, et la loi impose un éloignement important par rapport aux habitations, aux routes et aux chemins (en France, ces distances sont fixées par arrêté préfectoral). Cette mesure de sécurité, pensée pour éviter les accidents, est la meilleure alliée des voleurs : les ruchers se trouvent dans des endroits très isolés, presque toujours dispersés en pleine campagne. C’est justement ce que cherchent les voleurs : agir en toute impunité, sans aucun témoin.
Par ailleurs, les ruches ont de plus en plus de valeur. En Espagne, une ruche peuplée et en bon état peut valoir environ 150 €, et un rucher de 100 ruches, ce qui est assez courant, représente 15 000 €. C’est une valeur importante, et très facile à convertir en argent liquide. Les pertes hivernales varient beaucoup selon l’année, la région et la conduite du rucher, et il faut ensuite remplacer les colonies perdues, ce qui crée une demande d’abeilles. De plus en plus de personnes se lancent aussi dans l’apiculture. La demande de ruches et d’abeilles est donc forte. Tout cela pousse les voleurs à prendre le risque : la demande est là, et les ruches sont sans protection, isolées en pleine campagne.
Les apiculteurs le reconnaissent ouvertement : autrefois, les vols n’étaient pas aussi fréquents. Mais depuis quelques années, ce n’est plus le cas. Le vol devient un délit bien trop courant.
Quels types de vols observe-t-on ?
Il n’existe pas une seule façon de voler dans un rucher. Il y a plusieurs modes opératoires.
Vol de ruches
Le voleur ferme l’entrée et emporte la ruche entière. Ensuite, il se débarrasse de la caisse ou masque les numéros d’identification.
Ce type de vol est fréquent dans les zones de serres : les cultures sont couvertes de plastique et les pollinisateurs naturels ne peuvent pas y faire leur travail. Beaucoup de délinquants volent des ruches puis les louent aux propriétaires des serres. Dans d’autres cas, les voleurs veulent simplement agrandir leur exploitation aux dépens d’autres apiculteurs ou remplacer leurs pertes de l’hiver.
La fin de l’hiver et le début du printemps sont les périodes préférées des voleurs. Les ruches ont passé l’hiver, l’apiculteur les a nourries et a stimulé leur activité : c’est le moment idéal pour eux. Les ruchettes (essaims sur cadres) les attirent aussi, car la demande est forte au printemps.
Vol de cadres
Comme les ruches sont marquées à l’extérieur, certains voleurs apportent leurs propres ruches vides et les remplissent avec les cadres des ruches de la victime. Ainsi, même si les forces de l’ordre contrôlent les ruches, ils n’auront jamais de problème.
Vol de miel
Dans certains cas, de plus en plus fréquents, les voleurs emportent le miel. Munis de grands couteaux, ils coupent les fils, emportent le miel operculé dans des paniers et laissent les cadres et les ruches. Seul le miel les intéresse.
Vol d’abeilles
Ce type de vol prend de plus en plus d’importance. Les voleurs n’emportent que les abeilles : parfois toutes, parfois seulement celles d’un ou deux cadres qu’ils secouent. Voir le reportage sur le vol d’abeilles (en espagnol).
Quand ils emportent toutes les abeilles, le rucher offre un spectacle désolant et la colonie est condamnée. Il ne reste que quelques abeilles tout juste nées, incapables de relancer la ruche. Il reste du couvain et du miel, mais les abeilles ont disparu.
Quand ils secouent un ou deux cadres, c’est aussi très grave. L’apiculteur ne s’aperçoit pas du vol : la colonie continue de fonctionner. Le voleur prélève une petite quantité d’abeilles dans chaque ruche et fait des essaims. Le propriétaire constate seulement que son rucher rend peu, sans en connaître la raison. On connaît des vols répétés pendant des années sans que l’apiculteur s’en rende compte.
Que peut faire l’apiculteur ?
Assurances
Les apiculteurs se protègent de plusieurs façons. D’abord, avec une assurance. Le problème, c’est que les primes sont très élevées et que, dans certaines zones, les assureurs refusent tout simplement de couvrir ce risque.
De plus, les indemnisations sont souvent faibles et l’apiculteur ne récupère qu’une partie du préjudice causé par le vol. Et l’assurance ne met pas fin aux vols.
Caméras de surveillance
Les apiculteurs se sont aussi équipés de caméras. Pourtant, l’expérience montre que ce n’est pas un bon moyen de se protéger des voleurs.
D’abord, elles coûtent cher. Ensuite, une caméra au rucher traite des données personnelles : elle doit respecter le RGPD et la loi du pays (en Espagne, l’article 22 de la LOPDGDD ; en France, les règles de la CNIL). Cadrez la caméra sur votre rucher et évitez de filmer le chemin d’accès : en France, un particulier ne peut pas filmer la voie publique, et en Espagne seul le strict nécessaire est admis. Posez un panneau d’information visible. Ne gardez pas les enregistrements plus d’un mois, sauf s’ils montrent une infraction : remettez-les alors aux forces de l’ordre (en Espagne, dans les 72 heures). Ne diffusez pas les images. Parfois, les cagoules ou un vol commis de nuit empêchent d’identifier le voleur. Il est aussi arrivé plusieurs fois que le voleur repère la caméra et l’emporte avec les ruches.
Traceurs GPS
Les traceurs ont donné de bons résultats ; mais jusqu’à récemment, les dispositifs étaient mal pensés et les voleurs les repéraient facilement. Aujourd’hui, on trouve des dispositifs intégrés dans les cadres eux-mêmes, qui se sont révélés très efficaces : les voleurs ne peuvent pas savoir où ils se trouvent, et leur position permet à la gendarmerie ou à la police de récupérer les ruches. Portez plainte et communiquez la position ; n’entrez pas sur un terrain et n’essayez pas de récupérer les ruches vous-même. C’est surtout à cause de ces dispositifs que, dans certaines zones, les voleurs ont cessé de voler les ruches, et même les cadres, pour voler directement les abeilles.
Le vol d’abeilles est très rentable : inutile d’emporter les ruches ou d’avoir un gros véhicule. Avec quelques sacs, on peut vider des ruchers entiers. Pour ce type de vol, nous avons vu une méthode qui peut aider.
Alarme
Nous avons parlé avec Diego Nieto, de l’entreprise de sécurité CENTINELA. En plus des cadres avec GPS intégré, ils ont mis au point une alarme qui prévient l’apiculteur si l’on soulève les couvercles ou si un véhicule entre, et qui peut dissuader. Il s’agit d’une alarme alimentée par une batterie de voiture et reliée sans fil à des détecteurs de mouvement.
Les détecteurs se placent sur les couvercles des ruches et sur le chemin d’accès. Ainsi, quand le voleur arrive au rucher en véhicule ou soulève les couvercles pour voler les abeilles, l’alarme sonore se déclenche et le dispositif appelle l’apiculteur pour le prévenir. Dans ce cas, appelez les forces de l’ordre (17 ou 112 en France ; 062 ou 112 en Espagne) ; n’allez affronter personne.
Vidéo de CENTINELA, en espagnol.
Où les vols ont-ils lieu ?
Nous avons posé la question à Diego Nieto : le vol de ruches n’est pas un problème propre à l’Espagne. Son entreprise envoie des dispositifs au Portugal, en France, en Italie, au Chili, aux États-Unis, etc. C’est donc un problème répandu dans de nombreux pays. En Espagne, même si le problème est général, certaines zones sont plus touchées. Dans les régions de Murcie et d’Almería, les vols prennent une grande ampleur à cause des serres et parce que le vol de miel s’y est généralisé. Plusieurs associations nous ont fait part de leur inquiétude. Beaucoup d’apiculteurs envisagent sérieusement d’abandonner l’activité sous la pression des voleurs.
Dans le Levant espagnol et en Andalousie, les problèmes sont aussi nombreux. D’autres régions autrefois très calmes, comme la Galice, la Castille-et-León et la Castille-La Manche, commencent à compter de nombreux vols. Malheureusement, pour l’instant, les vols de ruches pèsent lourdement sur la rentabilité des exploitations apicoles et ne semblent pas diminuer.
Pour aller plus loin
ISNI 0000 0005 1801 1100 | Joshua Ivars est le gérant de LA TIENDA DEL APICULTOR et l’auteur du blog, où il partage du contenu technique et pratique pour les apiculteurs. Avec une vaste expérience dans le secteur apicole, il s’attache à proposer des conseils et des solutions basés sur les besoins réels de l’apiculteur, en apportant son expertise sur les produits et les pratiques essentielles en apiculture.